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Kafka 2.0 : Ce n’est pas parce que l’on n’a rien à dire…

Alors que la crise amène nombre d’entreprises occidentales (hormis les banques peut-être) à frétiller frénétiquement tel un poisson hors de son bocal, une présence Web 2.0 deviendrait un enjeu critique pour capter l’attention des clients potentiels. Ramenée au niveau de l’individu (qu’il soit déjà ou futur chômeur), une existence numérique hypertrophiée s’imposerait également à chacun pour garantir son attractivité sur un marché de l’emploi de fait toujours plus tendu.

…qu’il faut fermer sa gueule !
Aujourd’hui, l’existence sur les médias sociaux tient lieu de stratégies marketing. J’ai récemment eu l’honneur d’être chassé par un éditeur de logiciel américain spécialisé dans la gestion des infrastructures informatiques d’entreprise, pour lequel l’expérience professionnelle avec les médias sociaux était un critère discriminant. Sous-entendant que les décisionnaires en entreprise seraient plus sensibles à la présence de leurs fournisseurs sur Twitter ou Facebook qu’à la qualité de ses produits et de sa capacité opérationnelle à l’accompagner. Dont acte.

Pour l’homme de la rue, il en va de même. Facebook, Twitter, LinkedIn, Viadeo, Google+, que sais-je encore. Il faut multiplier les occasions de parler… de soi. Ne soyez pas modeste. Certains ont fait profession de parler pour ne rien dire. Pourquoi pas vous ? Parce que vous n’avez rien à dire ? Pas grave. Soyez un leader d’opinion… et agrégez les idées des autres pour les faire votre ! Vous doutez encore ? Prenez exemple sur ce que le monde de la création musicale nous sert depuis une décennie ! Des remix, des reprises à longueur de journées que seuls les plus instruits ou les plus vieux (au choix) peuvent identifier comme tels.

Dans le monde du Web 2.0, 90% des internautes ne font que consommer l’information fournie par les autres 10%, au sein desquels seulement 10% (soit un 1% au total) sont de véritables contributeurs : chercheurs, journalistes, etc. Peu importe le contenu donc. Peu importe la pertinence de vos propos. Notre monde googlisé élève au rang de stars (on parle ici de « ranking ») ceux qui multiplient les occasions d’être référencés.

Les recruteurs qui se livrent à une véritable guerre des talents parait-il, passent une minute ou moins à examiner un CV (à 38%), voir 45 secondes (à 18%) selon le spécialiste du recrutement en ligne CareerBuilder. « Les entreprises s’attendent à vous trouver sur LinkedIn ; sinon, vous ne pouvez pas concourir pour ce poste » précise un article sur le blog de Forbes (LinkedIn is About to Put Job Boards (and Resumes) Out of Business)

…qu’il ne faut pas fermer sa gueule
La quantité avant la qualité donc. Tel est en substance un des points du séminaire « Augmenter sa visibilité sur Internet » animée par Laurent Rignault auquel j’ai assisté récemment. Notez en passant que je mets ici en œuvre l’effet bénéfique d’auto-renforcement du réseau en citant ma source… tout en écrivant ce billet d’humeur qui va faire progresser ma notoriété numérique.

Les objecteurs de bonnes consciences feront remarquer que le droit à l’oubli n’est pas garanti sur le Net. Loin s’en faut. Condamnant chaque acteur à ne pas avoir le droit de changer d’avis. Comme les idiots !

Que la confidentialité – ou tout au moins le caractère sélectif de la diffusion d’informations – est impossible à maitriser comme les utilisateurs de Facebook le découvrent tôt ou tard à leurs dépends.

Que le choix de la langue d’expression vous exclut de facto de votre audience domestique (dans mon cas francophone) ou du monde anglophile. Sauf à publier un même contenu dans plusieurs langues afin de figurer en bonne place sur tous les moteurs de recherches en .com, .fr., .quelquechose. Ce qui participe à la bonne pratique « webdeuxzero » (deux c’est mieux qu’un) et démontre par la-même votre puissance de travail (deux fois le job pour le même contenu)… et accessoirement votre maitrise des langues étrangères !

Le pari de Pascal réactualisé
« Internet est une immense décharge, mais avec des pépites qu’il est possible de dénicher » explique Christian Morel dans « l’enfer de l’information ordinaire » (édition Gallimard). Et aucun domaine n’est épargné. Ainsi, 500.000 communications scientifiques émanant des laboratoires publics ou privés sont-elles émises chaque année dans les journaux médicaux du monde entier. Mais seules 10.000 (2%) sont réellement nouvelles (utiles?), potentiellement porteuses de progrès. Ce qui dépasse déjà la capacité d’absorption d’un médecin. Pourtant la santé est un de ces secteurs de l’activité humaine dans lequel nous voudrions tous que le superflu s’efface face à l’essentiel, n’est-ce pas ?

Crédit Igor Zenin

En être ou ne pas en être

Le développement responsable, dans la communication comme sur d’autres sujets, n’est décidément pas une question triviale. Il appartient à chacun de se déterminer par ses actes en s’en remettant (ou pas) à ce nouveau dieu « Web 2.0 » pour garantir son existence sur Terre… et jouir d’une notoriété éternelle. « Si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien » démontrait Pascal dans ses Pensées. Et vous, vous croyez ou vous ne croyez pas en ce e-Dieu ?

On sait où la bulle du Web 1.0 (dite Internet) nous a conduite. Aujourd’hui la furie du Web 2.0. Et dire que l’on nous promet déjà le Web 3.0…

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  1. 25 août 2011 à 09:02

    Pour ceux qui voudraient se protéger un peu : L’e-réputation en questions – CNIL : http://tinyurl.com/3rtdamr

  1. 5 août 2012 à 21:02

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