La leçon de management de J.M Aulas

Une réflexion de l’emblématique président de l’Olympique Lyonnais, par ailleurs émérite patron d’un des plus grands éditeurs de logiciel français, ne manque pas de surprendre.

A l’issue de la rencontre entre l’Olympique de Marseille (OM) et l’Olympique Lyonnais (OL) du 05 février, soldée par un match nul, Jean-Michel Aulas (@itele) se disait satisfait du résultat. Et bien que comptablement ce partage des points voyait l’écart avec la compétition s’agrandir de proposer « une association » entre les deux Olympique afin de contrer la domination du club de la capitale : «Je propose que l’on fasse une association avec l’OM pour aller contrarier Paris. Je ne sais pas sous quelle forme mais on va essayer de se serrer les coudes comme ce soir.»

Création de valeur et théorie des jeux
Bien curieuse façon en vérité de créer de la valeur. Souvent, à juste titre, on s’interroge sur la justification des sommes indécentes véhiculées dans le monde du football. Il y a néanmoins une leçon de management essentielle pour les acteurs traditionnels de l’économie marchande à retirer du milieu footbalistique. En temps de crise plus particulièrement, pour tourner une situation à son avantage, il faut… attaquer ! Le partage des points (le statu quo) étant la moins bonne des meilleures solutions.

En attribuant 3 points à l’équipe victorieuse, 1 point à chaque acteur en cas de match nul et aucun en cas de défaite, on constate qu’un point de moins est attribué aux acteurs du match nul (1+1) par rapport au couple victoire-défaite (3+0). De fait, une victoire (et une défaite donc) produit plus de valeur au système dans son ensemble !

Sur le long terme, l’équipe qui ne gagnerait que le tiers de ces matchs et perdrait tous les autres finirait quand même devant une équipe qui n’aurait fait que des matchs nuls tout au long de la saison. En résumé, la prise de risque paie, sur le long terme (championnat) comme sur le court terme (par exemple une confrontation à élimination directe où le match nul ne peut exister). Comptablement, quand le match nul se profile, jouer la gagne est encore le meilleur calcul : au mieux c’est 2 points de plus au compteur, au pire un point de moins en cas de dénouement malheureux.

Evidemment les règles du jeu ne sont pas aussi clairement établies dans l’économie réelle. Pour autant, la théorie des jeux qui servit par trois fois de substrat pour l’attribution de « prix Nobel d’économie » (1994, 2005, 2007) rappelle que dans un jeu à n joueurs (ce qu’au final est un championnat puisque celui-ci ne dépend pas du seul résultat des confrontations directes entre 2 équipes) quand une coalition se forme, elle fonctionne comme un nouveau joueur qui se substitue à ceux qui se sont alliés. Si l’association ne produit pas plus de valeur que la situation antérieure, elle n’a donc aucun intérêt ! CQFD.

Une autre leçon serait de rappeler que le sport (le jeu) n’est pas du business. Et qu’inversement le business n’est pas un jeu (du sport). Quoi que…

NB : J’ai empreinté ici un formalisme qui appartient au riche blog Superception (Xophe Lachnitt).

Les bénéfices du Cloud Computing ne sont PaaS ceux qu’on croit!

En moyenne, les entreprises dépensent 60% de leur budget informatique à faire fonctionner leurs services comme le souligne le rapport 2011 du CIGREF « Analyse prospective des coûts informatiques ». Ce qui tendrait à expliquer le consensus marketing et l’emballement médiatique quasi général que suscite l’informatique dans le nuage (Cloud Computing), aiguillonné par la promesse de réductions drastiques des coûts.

Pourtant, en paraphrasant le rapport, « dans l’état actuel du déploiement de ces offres, il semble cependant prématuré d’affirmer qu’elles vont permettre de réduire les coûts de la DSI ou au contraire les faire croître ». Plus grave encore, ce bruit ambiant ne détourne-t-il pas actuellement, offreurs comme utilisateurs, d’une réflexion stratégique sur le processus d’innovation et sur la place de l’informatique comme partenaire critique de la stratégie de l’entreprise ?

Les partisans du Cloud Computing se trompent (actuellement) de combat
En argumentant presque exclusivement sur la réduction des coûts (et pour être honnête également sur l’élasticité de l’allocation de ressources) que procure le Cloud Computing, la doxa ambiante fait l’impasse sur certaines réalités opérationnelles qui mettent à mal l’universalité du propos.

Exit par exemple le levier d’action sur la marge puisque les coûts deviennent des dépenses de fonctionnement et non plus des investissements que l’on peut retarder au gré des changements de priorité. Evaporés les problèmes d’interopérabilité des différents systèmes qui composent la chaine de valeur et que la vague SOA avait contribué à mettre sous les feux de la rampe il y a peu encore. Disparus les besoins d’orchestration et d’authentification unifiée dont les architectures distribuées (popularisée avec Corba ou les services asynchrones de messages) ont souligné l’absolue nécessité.

Evidement en s’attaquant à une enveloppe d’un peu plus de 25 milliards d’euros sur les 45 dépensés annuellement par les entreprises françaises (source IDC, octobre 2011), on peut raisonnablement espérer – des deux côtés de la chaine de valeur – quelques bénéfices à tirer les dépenses de fonctionnement vers le bas.

Néanmoins, prôner la seule réduction des coûts, même si elle s’avère nécessaire, a démontré ses limites à l’instar du massacre des taux journaliers par l’externalisation jusqu’en Inde de certaines ressources. Car une telle vision défensive porte en elle le germe d’une spirale de perte de compétitivité.

Il existe, au contraire, deux façons très différentes voir opposables de penser l’investissement et le risque rappelle fort à propos la célèbre « MIT Sloan Management Review » dans un document intitulé « The risk of not investing in a recession ». L’une met l’emphase sur le risque financier associé à un investissement; l’autre porte sur le risque compétitif de ne pas investir. En temps « normal », la baisse du premier tendant à (ou tout au moins étant supposé) compenser la hausse du second. Malheureusement, et c’est humain, et encore plus en période de crise, « nos décisions sont davantage influencées par la peur que par la raison » rappelle Xophe Lachnitt sur son blog Superception.

Repenser le processus d’innovation grâce au Cloud Computing
« Les entreprises se livrent à un exercice de funambule en courant après la plus grande stabilité et la plus grande visibilité possible. En d’autres termes, elles cherchent à générer l’activité la plus durablement rentable tout en résistant à la concurrence. » expose Paul Millier (dans L’anti-bible du marketing et du management, éditions Village Mondial). Et de rappeler : « Pour les entreprises, l’innovation n’est pas [seulement] synonyme de ‘’nouveau produit’’. Innover veut dire faire les choses autrement. »

De fait, il est étonnant (parce que les offres des ténors ne sont pas encore prêtes ?) de constater que le véritable ADN du Cloud Computing, à savoir sa dimension collaborative et mobile, est le parent pauvre de l’argumentation marketing actuelle. Pourtant là réside la véritable révolution. Ici se trouvent les gisements de productivité et d’innovation dans la façon de supporter certains processus d’entreprise.

Aussi se limiter au simple transfert dans le nuage des processus existants et des technologies qui les sous-tendent n’est pas toujours au niveau du gain possible. Il est possible de faire encore mieux que ce que le précurseur du logiciel en tant que service hébergé (SaaS) a démontré avec le CRM par exemple.

Arrêtons-nous ici par exemple sur le développement logiciel en entreprise pour expliciter la révolution copernicienne que l’on est en droit d’attendre du Cloud Computing. L’enjeu est de remettre à plat le processus d’innovation tel qu’il est aujourd’hui adressé par les solutions existantes. En effet, la division sociale du travail (c’est-à-dire la répartition des responsabilités entre Maitrise d’ouvrage et Maitrise d’œuvre) conduit depuis toujours, et sans amélioration notable malgré les évolutions technologiques successives, à une impasse quant aux objectifs stratégiques des entreprises en termes de réactivité, de maitrise des coûts, de délais et de qualité des services proposés. La solution est donc probablement à chercher non pas dans les hommes ou les outils mais dans un trio associant également les processus.

La vague du Cloud Computing redistribue les cartes en termes de processus de décision et de réalisation dans les directions informatiques. Les métiers qui ont la connaissance des processus, et les budgets, utiliseront prochainement des services de plus en plus extérieurs au système d’information de l’entreprise. Le rôle des équipes informatiques, sans pour autant disparaître, s’en trouvera transformé profondément.

Pour une collaboration native grâce au PaaS
Les outils actuels, centrés sur le code, fussent-ils rendus disponibles dans le Cloud ne répondent en rien à cette vision. Selon une étude de Forrester Research (Platform-As-A-Service for App Dev and Delivery Professionals, Q2 2011), une nouvelle génération d’environnements de développement profitant de la dimension collaborative native du Cloud Computing (PaaS) ambitionne d’accompagner cette révolution, dans le cadre des prérogatives de chacun.

Ainsi ces outils, tels que MyDraft de Karmicsoft, visent à donner aux non-informaticiens le pouvoir de prototyper eux-mêmes l’application « de leur rêve ». Ce qui permettrait à minima de réduire l’effort de formalisme (au moins double dans les projets traditionnels : idée-texte, texte-code), d’améliorer la spécification fonctionnelle par une meilleure collaboration et des itérations rapides ainsi que d’accélérer la phase des tests d’acceptance.

Nous sommes d’accord sur un point : il n’y aura que peu de cas où l’application sera réalisée dans sa globalité par l’unique assemblage de composants Web riches prêts à l’emploi. C’est pourquoi les directions informatiques, représentants de « la loi » resteront impliquées en tant que garant du dogme (l’architecture du SI) et support à l’intégration (interopérabilité des ilôts fonctionnels et technologiques). Prérogatives et processus d’un SI hors de la DSI que décrit déjà le CIGREF : «Les Business Units ont tendance à pousser à la ré-intégration au sein de la DSI de tous les « petits développements » qu’elles auraient réalisés à leur niveau de façon à en sécuriser la maintenance et les évolutions »

Certes tous les processus d’entreprise ne sont pas éligibles au Cloud Computing, public en particuliers. Notamment pour d’évidentes raisons de protection de la propriété intellectuelle ceux qui ont fait l’objet des plus grandes attentions depuis des années à travers des chantiers aux doux noms d’ERP, de PLM, etc. Mais le Cloud Computing peut et doit porter une stratégie offensive dans le « Build » en lieu et place d’une simple réduction des coûts dans le « Run ».

La plus grande difficulté à vaincre n’est pas dans la technologie mais dans les têtes comme le souligne Paul Millier : « Des générations successives de managers apprennent les théories dans les meilleurs établissements puis les mettent en pratique sur des cas d’école qui les auto-valident de sorte qu’elles font figure de vérité indiscutables. Ainsi formatées, les nouvelles recrues sont cooptées dans les entreprises par les bataillons de leurs prédécesseurs formés aux mêmes pratiques et ainsi de suite. » Il y a là matière à mesurer tout l’écart entre le temps technologique et le temps sociologique…

Des clouds et des vices

Les bulles des marchés financiers le démontrent : lorsque des personnes aux points de vue proches débattent d’un sujet, ils arrivent à des conclusions plus extrêmes qu’aucune position initiale. A la lecture de certains propos sur divers forums ou blogs, le constat émis par Cass Sunstein, professeur de droit à Harvard (dans Going to extreme, Oxford University Press) semble pouvoir aussi s’appliquer au Cloud Computing. Pour preuve cette affirmation péremptoire relevée parmi d’autres : « Toutes les entreprises ont intérêt à entrer dans le Cloud, c’est une évidence. La question sous-jacente n’est d’ailleurs pas faut-il y aller mais bien comment faut-il y aller ? »

Evidemment, la définition du Cloud Computing regroupant tant de « réalités » distinctes, il sera toujours aisé de trouver un « business case » en démontrant les vertus. Or, pour peu qu’il soit un peu attentif en cours de maths, tout collégien le sait : des exemples n’ont jamais fait une règle universelle !

Absence de jugement critique symptôme d’une forme d’hypnose collective
Il est de bonne guerre que certains agents économiques veuillent vendre leur soupe. Mais pour la rendre digeste, de grâce, que l’on arrête d’affirmer gratuitement notamment que le Cloud est fait pour tous, que les services Cloud sont de meilleure qualité ou qu’ils sont plus économiques. Ces affirmations dogmatiquement positives exclusivement dictées par des objectifs commerciaux sont du même acabit que celles en leur temps portant sur l’Open Source ou l’Offshore.

Quelles sont en effet les qualités intrinsèques du Cloud qui permettent d’affirmer que ses services sont fait pour tous ? Qu’ils sont de meilleure qualité ? Qu’ils offrent un avantage économique (autres qu’à court terme) ?

Un avion dans le Cloud

Un avion dans le Cloud ?

A titre d’exemple, sommes-nous à la veille de voir un constructeur d’avions (notre première richesse nationale exportable !) mettre son infrastructure dans le Cloud (fut-il privé) pour collaborer avec sa sous-traitance mondialisée (et en compétition par ailleurs sur d’autres projets) sur des modèles CAO manipulant 100 000 pièces en configuration ?

« La foule est irrationnelle. Dominée par les sensations et les sentiments, elle semble incapable de raisonner, de faire preuve d’intelligence et de jugement critique. » théorisait Gustave Lebon dès 1895 (Psychologie des foules). Nous y sommes ! Quel que soit l’avatar considéré, de quelles propriétés magiques dispose le Cloud Computing pour résoudre les éternels problèmes de gestion de projets (et des processus sous-jacents) à l’origine des dérapages budgétaires, des dépassements de délais et de la non-qualité ?

La création de valeur se situe ailleurs (encore pour le moment)
Aujourd’hui les applications d’entreprise s’inscrivent dans des logiques qui dépassent leur propre cadre de complexité : processus contractuels (acquisition de la technologie, gestion des ressources, …), processus projet (planification, gestion de configuration, …), processus techniques (architecture, intégration, exploitation et maintenance, …). Autant de disciplines (incontournables même dans le Cloud) sources potentielles d’échec.

Parce que la qualité d’un produit (ou service) est, et restera, largement déterminée par la qualité du processus nécessaire à son développement et à son maintien en condition opérationnelle (maintenance), il convient de chercher prioritairement – avant le transfert d’actifs informatiques dans le Cloud – dans l’optimisation des processus amont d’ingénierie les leviers en termes de réduction des coûts et d’amélioration de la qualité de service. Donc de la compétitivité de l’entreprise.

Une gestion de portefeuille et de programmes (au rang desquels devrait figurer tout projet de migration dans le Cloud) pour une optimisation des investissements et priorités, donc du ROI, une vraie gestion des exigences pour un alignement entre donneurs d’ordre et maitrise d’œuvre, une gestion du changement et des configurations pour garder le contrôle sur les livrables, une prise en compte de l’hétérogénéité remise au goût du jour avec l’arrivée des périphériques mobiles, etc, sont autant de bonnes pratiques que trop peu d’entreprises (par paresse) ont mis en œuvre.

Tout juste peut-on espérer (en l’état actuel des offres) l’émergence de nouveaux acteurs qui profiteront de ce mouvement pour repenser de fond en comble les pratiques actuelles. C’est par exemple le pari de la startup française Karmicsoft (Cocorico!). Ce lauréat du « concours de création d’entreprises innovantes » et de « Capital-IT et Tremplin Sénat » propose avec sa solution MyDraft un développement (réellement) collaboratif avec gestion de configuration native intégrée. Mais le marché est-il prêt pour cette (r)évolution là?

Quitte à échouer, autant faire en sorte que cela coûte le moins cher possible (par avarice). Tel serait le créneau actuel de l’investissement dans les projets informatiques ?

Ne nous y résignons pas et faisons le pari comme James Surowiecki dans « The Wisdom of Crowds » (Anchor Books) que « dans des circonstances favorables, les groupes sont remarquablement intelligents et souvent plus encore que les personnes les plus intelligentes qui les composent ». Sinon le dogme que nous voyons naitre aura bientôt acquis la puissance des précédents, c’est-à-dire la force tyrannique et souveraine qui met à l’abri de la discussion.

Le cloud : un gros nuage au-dessus de la mémoire de l’humanité ?

Sous couvert d’un accès à un droit fondamental d’accéder à l’énergie (ici le nucléaire civil que d’aucun pense aisément transférable vers un usage militaire), l’Iran a initié le grand public à son corps défendant (quoique ?) à un nouveau modèle de guerre entre Etats-Nations.

Finie la bombinette atomique portable de 20 kilotonnes (environ un millième de la puissance d’Hiroshima) surnommée « Davy Crockett » par les américains. Inutile la bombe génocidaire thermonucléaire (1000 fois Hiroshima) qui fit regretter à Kroutschev lui-même (c’est dire !) d’en avoir autorisé le développement malgré l’opposition de Sakharov notamment, ainsi que le relate Georges Charpak (Feu follet et champignon nucléaire, éditions Odile Jacob).

Non, aujourd’hui on parle de guerre cybernétique. Ainsi, le ver Stuxnet a-t-il mis en émoi les spécialistes de la sécurité informatique du monde entier, en réussissant à pénétrer le programme nucléaire iranien. D’autant que sa sophistication ne pourrait pas être le fait d’un geek anarchiste ou plus prosaïquement vénal, ou bien d’une bande organisée de criminels mafieux mais d’une ou plusieurs équipes d’experts soutenues par des états.

Vite, un antibiotique pour mon Cloud !
Avec la multiplication et l’ampleur sans précédent de telles attaques comme l’actualité récente nous le montre (notre ministère des finances à Bercy, des agences gouvernementales en Corée du Sud, le Comité International Olympique, l’ONU et les Etats-Unis, etc), une question alors me hante. Et le cloud la-dedans : quelles menaces intrinsèques fait-il porter sur la mémoire des individus, des entreprises, des états et par extension, à l’Humanité toute entière ?

Crédit Igor Zenin

Le train est en marche

Il ne se passe pas un jour, que dis-je, une heure, sans qu’un papier d’opinion plus ou moins argumenté ne fasse l’apologie de « la convergence des machines vers La Machine » comme l’anticipait le journaliste Pierre Berger (L’informatique libère l’humain, éditions L’Harmattant).

Or les initiatives étatiques telles que l’OpenData, la « ruée » mercantile des entreprises vers le cloud et la banalisation des réseaux sociaux (la partie visible du cloud grand public) met l’ensemble de la mémoire numérique sous tension. Sans qu’aucune réflexion ni politique, ni économique, ni technologique ne soit menée. « Si l’on veut un système sûr, il faut commencer par la sécurité! Tout le monde utilise l’Internet mais personne ne sait comme c’est dangereux! » rappelle un expert en la matière, le célébrissime Mafiaboy.

Pourtant tout est dit dans ces quelques lignes du dernier livre blanc en date « Défense et sécurité nationale » (juin 2008, éditions Odile Jacob) : « Les moyens d’information et de communication sont devenus les systèmes nerveux de nos sociétés, sans lesquels elles ne peuvent plus fonctionner.[..] La menace est multiforme : blocage malveillant, destruction matérielle (par exemple, de satellites ou d’infrastructures de réseau névralgiques), neutralisation informatique, vol ou altération de données, voire prise de contrôle d’un dispositif à des fins hostiles.
Dans les quinze ans à venir, la multiplication des tentatives d’attaques menées par des acteurs étatiques ou non, pirates informatiques, activistes ou organisations criminelles, est une certitude. Certaines d’entre elles pourront être de grande ampleur.
»

Cachez ce gros cloud noir que je ne saurais voir…
Dans ce contexte, quelle place donner au consortium « Cloud Computing » lancé sous le sceau de la « souveraineté nationale » par le premier ministre français ? Faut-il y voir les prémices d’une démarche structurelle « combinant protection intrinsèque des systèmes, surveillance permanente, réaction rapide et action offensive, [qui induit] une forte impulsion gouvernementale et un changement des mentalités » ?

A plus d’un égard, on ne peut que se réjouir (à priori) de voir la France réunir ses champions de dimension européenne si ce n’est mondiale – notamment Orange, Thales, Dassault (les membres fondateurs de ce consortium) ou encore EADS Cassidian ? – pour développer et commercialiser des moyens pro-actifs que l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) ne renierait pas.

Evidemment certains ne manqueront pas de voir ici un potentiel « big brother » liberticide. Sans toute fois lever une telle objection face à une offre privée! Mais n’est-ce pas là un risque moindre au regard de la puissance destructrice de la perte à grande échelle de données ? Sans verser dans le trans-humanisme qui vise à faire du Web « le troisième hémisphère de notre cerveau » selon le bon mot que l’on prête au Pdg de Google, que serait notre humanité soudain privée de e-mémoire?

« Songez que toutes les merveilles, objets de vos études, expriment l’oeuvre de plusieurs générations.[..] Tout cela dans vos mains devient un héritage. Nous sommes ainsi des mortels immortels parce que nous créons ensemble des oeuvres qui nous survivent. » disait Albert Einstein lors d’une allocution à des enfants. Par sa puissance centralisatrice, un cloud non sécurisé ne nous menace-t-il pas d’un « hiver nucléaire » comme à la fin de la guerre froide, lorsque le monde comptait dans ses stocks l’équivalent de plus de 2 tonnes d’explosif par habitant de la planète ?

« La chimie du carbone étend ses possibilités grâce à la chimie du silicium. Informatique et biologie se rejoignent. Pour l’âme digitale, on ne voit pas comment elle pourrait régresser par elle-même. » notait Pierre Berger. Par elle-même, non en effet. Mais il suffira, un jour, d’une faille…

Quelle bulle technologique?

The global edition of the New York Times

Credit Jesse Singual

« Bienvenue dans le BizarroWorld Summer 2011 de la Silicon Valley, où la ferveur financière alimente déjà une nouvelle bulle immobilière. Des milliards de dollars en capital risque sont en train d’être investis, et des introductions de valeurs technologiques arrivent sur le marché boursier chaque semaine. Le reste du pays est peut-être en plein marasme économique, mais ici les vents sont favorables et les soutes des capitaines nouveaux riches sont pleines… Cet accès d’enthousiasme est–il le début d’une nouvelle et longue vague nous menant vers l’Eldorado, ou est-ce le signe avant-coureur d’un nouveau cycle spéculatif? »
— Fortune, Août 2011

Merci à tous d’être venus. Nous vous sommes reconnaissants de votre intérêt à investir, en particuliers au regard des difficultés de la dernière décennie. Entre Pets.com et les habitations McMansions proposées aux vendeurs de WalMart, nous avons tous investi dans de mauvaises idées.

Evidemment, nous aussi avons été surpris dernièrement de voir Facebook valorisé 100 milliards de dollars, ou LinkedIn échangé à 750 fois ses profits. Mais ne vous souciez pas d’une quelconque bulle. Parce qu’ici, chez ProStidigitation, nous avons appris des erreurs de nos prédécesseurs, et avons développé un produit réellement révolutionnaire.

Mesdames et Messieurs, voici TRIPE. TRIPE est l’acronyme de Transpositional Regionally Integrated Personalization Engine, et nous pensons qu’il révolutionnera la façon dont vous vivez, mangez, respirez, parlez et même fonctionnez. Sans TRIPE, vous n’êtes qu’un tas obsolète de nerfs à peine capable de ressentir votre environnement et de communiquer avec les autres, humains sans relief comme vous. Avec TRIPE ? Tout est possible.

TRIPE est une plateforme tout en un de Social Media, de Cloud Computing et de technologie mobile démultipliée par une robuste interface de réseau dynamique B2C, alimentée par la puissance de votre imagination.

Prenons un exemple : disons que vous vous tenez à côté de quelqu’un dans la queue d’un restaurant. Il ou elle est sympa. Imaginez alors une application qui vous permette instantanément de vous connecter à cette personne, – mais pas seulement cela!, mais de vous connecter avec les autres personnes qui se sont connectées à lui/elle et de voir leurs centres d’intérêt, leurs commentaires et leurs photos avec lui/elle. Ce qui a été une tâche pré-technologique absolument sans intérêt – vous présenter personnellement et lancer une conversation – devient une expérience rigolote sur votre téléphone mobile.

Mais ce n’est pas tout. TRIPE utilise également les meilleurs logiciels de reconnaissance de forme. Par exemple, prenez des pommes et utilisez TRIPE pour en faire une photo. Dans la seconde qui suit, TRIPE vous propose un lien vers les ordinateurs Apple, les pâtissiers-boulangers, les fabricants de machines à ramasser les pommes, et des milliers d’applications téléchargeables pour votre iPhone. Ce qui a été une journée ennuyeuse sans saveur à ramasser des fruits dans l’air froid de la Nouvelle Angleterre est maintenant une aventure productive dans tout ce que le Web mobile peut fournir, dans le domaine des pommes.

Il est évident que notre technologie est révolutionnaire. Comme vous l’avez peut-être entendu dire, nous avons levé 1,6 milliards auprès de capital-risqueurs lors de notre journée portes-ouvertes de vendredi dernier à la pizzeria Uno de Waltham. Mais faire tourner une entreprise comme la notre coûte cher. Les surcoûts sont considérables, entre la piscine à vagues dans notre salle de repos (mettons de côté les cours gratuits de surf pour nos employés) et les nombreux chefs spécialistes du Sushi que nous faisons venir quotidiennement du Japon pour le déjeuner.

Notre introduction en bourse nous permettra d’en faire plus. Nous connaissons de nombreuses startups qui se bousculent à votre porte. C’est pour cela que nous vous remercions de nous donner une chance de présenter notre produit. Ne prenez pas de parts dans une autre solution logicielle extravagante aux promesses intenables qui ne consisterait en rien d’autres que des buzzwords marrants. Au contraire, choisissez de vous engager auprès de la première interface Web 3.0 d’engagement P2P au monde pour une totale synergie application-utilisateur. Choisissez TRIPE.

Traduit de l’anglais par votre serviteur d’une tribune publiée le 16 juillet 2011 par Jesse Singual dans l’International Herald Tribune.

Kafka 2.0 : Ce n’est pas parce que l’on n’a rien à dire…

Alors que la crise amène nombre d’entreprises occidentales (hormis les banques peut-être) à frétiller frénétiquement tel un poisson hors de son bocal, une présence Web 2.0 deviendrait un enjeu critique pour capter l’attention des clients potentiels. Ramenée au niveau de l’individu (qu’il soit déjà ou futur chômeur), une existence numérique hypertrophiée s’imposerait également à chacun pour garantir son attractivité sur un marché de l’emploi de fait toujours plus tendu.

…qu’il faut fermer sa gueule !
Aujourd’hui, l’existence sur les médias sociaux tient lieu de stratégies marketing. J’ai récemment eu l’honneur d’être chassé par un éditeur de logiciel américain spécialisé dans la gestion des infrastructures informatiques d’entreprise, pour lequel l’expérience professionnelle avec les médias sociaux était un critère discriminant. Sous-entendant que les décisionnaires en entreprise seraient plus sensibles à la présence de leurs fournisseurs sur Twitter ou Facebook qu’à la qualité de ses produits et de sa capacité opérationnelle à l’accompagner. Dont acte.

Pour l’homme de la rue, il en va de même. Facebook, Twitter, LinkedIn, Viadeo, Google+, que sais-je encore. Il faut multiplier les occasions de parler… de soi. Ne soyez pas modeste. Certains ont fait profession de parler pour ne rien dire. Pourquoi pas vous ? Parce que vous n’avez rien à dire ? Pas grave. Soyez un leader d’opinion… et agrégez les idées des autres pour les faire votre ! Vous doutez encore ? Prenez exemple sur ce que le monde de la création musicale nous sert depuis une décennie ! Des remix, des reprises à longueur de journées que seuls les plus instruits ou les plus vieux (au choix) peuvent identifier comme tels.

Dans le monde du Web 2.0, 90% des internautes ne font que consommer l’information fournie par les autres 10%, au sein desquels seulement 10% (soit un 1% au total) sont de véritables contributeurs : chercheurs, journalistes, etc. Peu importe le contenu donc. Peu importe la pertinence de vos propos. Notre monde googlisé élève au rang de stars (on parle ici de « ranking ») ceux qui multiplient les occasions d’être référencés.

Les recruteurs qui se livrent à une véritable guerre des talents parait-il, passent une minute ou moins à examiner un CV (à 38%), voir 45 secondes (à 18%) selon le spécialiste du recrutement en ligne CareerBuilder. « Les entreprises s’attendent à vous trouver sur LinkedIn ; sinon, vous ne pouvez pas concourir pour ce poste » précise un article sur le blog de Forbes (LinkedIn is About to Put Job Boards (and Resumes) Out of Business)

…qu’il ne faut pas fermer sa gueule
La quantité avant la qualité donc. Tel est en substance un des points du séminaire « Augmenter sa visibilité sur Internet » animée par Laurent Rignault auquel j’ai assisté récemment. Notez en passant que je mets ici en œuvre l’effet bénéfique d’auto-renforcement du réseau en citant ma source… tout en écrivant ce billet d’humeur qui va faire progresser ma notoriété numérique.

Les objecteurs de bonnes consciences feront remarquer que le droit à l’oubli n’est pas garanti sur le Net. Loin s’en faut. Condamnant chaque acteur à ne pas avoir le droit de changer d’avis. Comme les idiots !

Que la confidentialité – ou tout au moins le caractère sélectif de la diffusion d’informations – est impossible à maitriser comme les utilisateurs de Facebook le découvrent tôt ou tard à leurs dépends.

Que le choix de la langue d’expression vous exclut de facto de votre audience domestique (dans mon cas francophone) ou du monde anglophile. Sauf à publier un même contenu dans plusieurs langues afin de figurer en bonne place sur tous les moteurs de recherches en .com, .fr., .quelquechose. Ce qui participe à la bonne pratique « webdeuxzero » (deux c’est mieux qu’un) et démontre par la-même votre puissance de travail (deux fois le job pour le même contenu)… et accessoirement votre maitrise des langues étrangères !

Le pari de Pascal réactualisé
« Internet est une immense décharge, mais avec des pépites qu’il est possible de dénicher » explique Christian Morel dans « l’enfer de l’information ordinaire » (édition Gallimard). Et aucun domaine n’est épargné. Ainsi, 500.000 communications scientifiques émanant des laboratoires publics ou privés sont-elles émises chaque année dans les journaux médicaux du monde entier. Mais seules 10.000 (2%) sont réellement nouvelles (utiles?), potentiellement porteuses de progrès. Ce qui dépasse déjà la capacité d’absorption d’un médecin. Pourtant la santé est un de ces secteurs de l’activité humaine dans lequel nous voudrions tous que le superflu s’efface face à l’essentiel, n’est-ce pas ?

Crédit Igor Zenin

En être ou ne pas en être

Le développement responsable, dans la communication comme sur d’autres sujets, n’est décidément pas une question triviale. Il appartient à chacun de se déterminer par ses actes en s’en remettant (ou pas) à ce nouveau dieu « Web 2.0 » pour garantir son existence sur Terre… et jouir d’une notoriété éternelle. « Si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien » démontrait Pascal dans ses Pensées. Et vous, vous croyez ou vous ne croyez pas en ce e-Dieu ?

On sait où la bulle du Web 1.0 (dite Internet) nous a conduite. Aujourd’hui la furie du Web 2.0. Et dire que l’on nous promet déjà le Web 3.0…

Vers un PLM adapté à la sous-traitance

Comme les donneurs d’ordre, les sous-traitants de l’aéronautique, de l’espace et de la défense (A&D) adaptent leurs stratégies et leurs modes de travail et d’organisation aux changements du contexte aéronautique mondial.

Un puzzle géant piloté par logiciel

Les sous-traitants ne sont pas pour autant l’exact prolongement de leurs donneurs d’ordre. Loin s’en faut. Tout à la fois partenaire partageant le risque avec le maitre d’œuvre, responsable de la qualité du livrable et de ses délais de réalisation, les sous-traitants doivent également proposer de nouveaux services pour maintenir un avantage compétitif sur un marché mondialisé.

Pour résister aux tensions du marché et de la compétition internationale, la mise en œuvre de nouvelles méthodes de travail – notamment grâce aux technologies de l’information (TIC) aidant à dématérialiser et à accélérer les échanges de propriété intellectuelle entre partenaires – permet de soutenir les efforts de recherche et d’innovation.

Mais comment appréhender les opportunités et les dangers que les TIC véhiculent? Quels critères fondamentaux doivent être satisfaits prioritairement ?

Supporter les relations avec de multiples donneurs d’ordre.
Lorsque vient l’heure de mettre en place une solution industrielle pour optimiser ses processus de développement de produits et de services, les technologies déployées doivent non seulement démontrer leur aptitude à répondre aux besoins propres… mais également être en capacité de supporter plusieurs donneurs d’ordres. En d’autres termes, le PLM – vecteur de l’agilité de l’organisation – doit constituer un système unique (pour optimiser le coût de possession) et adaptable (pour garantir performance et sécurité) face à la diversité des outils et méthodes de multiples maitres d’œuvre, y compris étranger et dans d’autres secteurs.

Protéger la propriété intellectuelle
La mondialisation est un contexte opérationnel dans lequel la diffusion de l’information et de la connaissance crée une interaction et une interdépendance généralisées et imparfaitement maitrisées. L’entreprise moderne engendrée par les TIC tend à se réorganiser en se fragmentant en une confédération de centres de profits. De plus, les politiques de contractualisation et de mise en concurrence systématique des donneurs d’ordre mettent à mal le respect de la propriété intellectuelle. Aussi l’entreprise en réseau doit-elle protéger les données relatives aux workpackages de ses clients tout en en construisant de nouveaux à partager avec des partenaires par ailleurs compétiteurs dans d’autres circonstances. Une réponse allant bien au-delà de la simple gestion des données de conception s’impose alors !

Améliorer la productivité et la gestion des programmes complexes
La faiblesse du dollar (malgré des phénomènes conjoncturels récents laissant à penser le contraire) et l’arrivée des pays émergents aux prestations à bas coûts conduisent les industriels de l’aéronautique, de l’espace et de la défense à faire des efforts pour rester sur le marché et à réaliser des gains de compétitivité. D’autant que les donneurs d’ordres qui raisonnent de plus en plus globalement proposent dorénavant des « workpackages multi-disciplines » (mêlant conception mécanique, électrique et logicielle). La cohérence des processus de développement de produits et de systèmes devient ainsi un enjeu critique car elle procure la traçabilité nécessaire et des gains de productivité d’une magnitude inatteignable par la somme des gains individuels d’outils plus ou moins intégrés.

Développer de nouveaux services
Dans leur quête d’optimisation et de réduction des coûts, les donneurs d’ordre – malgré des réajustements réguliers de leur stratégie d’externalisation – délèguent de plus en plus d’activités complexes à valeur ajoutée. Aussi, pour les sous-traitants, l’innovation tant dans les procédés que dans les services proposés devient-elle une arme concurrentielle. Valoriser les données sises dans le PLM et l’ERP de l’entreprise est alors un enjeu critique pour développer de nouveaux services et se différentier dans ce monde de « coopétiton » permanente.

Braver la crise et la baisse des cadences
Il existe deux façons opposables de penser l’investissement et le risque. L’une met l’emphase sur le risque financier associé à un investissement ; l’autre porte sur le risque compétitif de ne pas investir. Au-delà de ces arguties, la conjonction d’une reprise possible en 2011 annoncée par le GIFAS et de nouveaux programmes (A350, CSeries, Superjet et MS21 russes, ARJ 21, etc) sonne l’heure des décisions.

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