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Fêter le nouvel an : une mission de salut public?

Il n’est de moment plus consensuel et partagé à travers le monde. Pourtant cet événement précis est tout sauf une évidence. Un pur produit de l’esprit créatif de l’homo sapiens. Avant de nous souhaiter les uns et les autres le meilleur pour cette nouvelle année, interrogeons-nous sur les fondements de cette coutume festive du Nouvel An…

Depuis les travaux d’Albert Einstein il y a maintenant un siècle(1), on sait que la perception du temps est une illusion. Car celui-ci peut accélérer ou ralentir. Pourtant nous le connaissons intimement, puisque le temps rythme notre vie. Mieux il la gouverne. Pour mieux le maitriser, nous nous appliquons à le mesurer de façon toujours plus précise. Notamment en utilisant le mouvement prévisible de la Terre (à travers sa rotation quotidienne et son orbite circum-solaire).

Une connaissance intime dont personne ne sait vraiment parler
Le Nouvel An serait donc un moment précis dans la flèche du temps. Une distance exacte parcourue par notre maison spatiale. Que nenni puisque l’on doit au pape Grégoire de le fêter une fois tous les 4 ans un jour plus tard, pour compenser les presque 2,5 millions de kilomètres de retard accumulés depuis le dernier passage « à l’heure ».

Ce n’est pas du côté astronomique non plus que l’on peut chercher à travers les âges l’origine oecuménique de ce jour marquant puisqu’au cours de ces 2000 dernières années, notre alignement avec le soleil s’est décalé de la constellation du Scorpion en celle du Sagittaire. Ni même du côté météorologique puisque sous nos contrées, les 16 heures d’obscurité pour les 8 heures de jour sont l’exact inverse du vécu de l’hémisphère sud. Avez-vous d’ailleurs noté qu’il n’y a guère qu’en langue française que le mot temps recouvre deux réalités si distinctes : l’une chronologique, l’autre météorologique?

L'écoulement du temps

L’écoulement du temps

La réponse, Michel Serres(2) la tient peut-être : « La fête est un temps rare dans le temps ordinaire.[..] Ces instants exceptionnels sont simplement définis parce les règles se relâchent.[..]Il y a moins de hiérarchie, il y a moins de séparation, en particulier entre les sexes, on va danser, et ainsi de suite… » A l’instar de l’espace que l’on découpe pour en faire des lieux rares (lieux de culte, écoles, etc), la fête serait un morceau de cette 4eme dimension concourant à marquer le temps ordinaire qui file, que l’on perd, que l’on tue, …

« La vie en société, les visites, les cérémonies, et les fêtes sont toujours aimées ; c’est une occasion de mimer le bonheur ; et ce genre de comédie nous délivre certainement de la tragédie ; ce n’est pas peu. » affirme le philosophe Alain dans ses « Propos sur le bonheur ».

Fêter le nouvel an serait-il ainsi une mission de salut public? L’universalité de cette pratique viendrait-elle donc d’une nécessité ontologique? « Le monde ne va pas fort et une grande partie de ces maux semblent venir de l’usage qui y est fait du temps. » explique Jean-Louis Servan-Schreiber(3). Ce qu’en d’autres termes Ludwig Boltzamnn, physicien contemporain du père de la relativité restreinte, avait théorisé avec le concept d’entropie : tout état stable tend vers le désordre.

Bonne humeur 2014
En cette année 2014, où nous célébrons à la fois le 150e anniversaire du décès de George Boole auquel notre génération doit tant et le 10e de la naissance de Facebook auquel la génération Y doit tant également, je laisse le mot de la fin (2013 !) à Alain : « Je vous souhaite la bonne humeur. Voilà ce qu’il faudrait offrir et recevoir. Voilà la vraie politesse qui enrichit tout le monde, et d’abord celui qui donne. Voilà le trésor qui se multiplie par l’échange. [..]Il faut toujours se dire : ce n’est point parce que j’ai réussi que je suis content ; mais c’est parce que j’étais content que j’ai réussi. Et si vous allez quêter la joie, faites d’abord provision de joie. Remerciez avant d’avoir reçu. Car l’espérance fait naitre les raisons d’espérer, et le bon présage fait arriver la chose. »


(1) : La relativité générale est principalement l’œuvre d’Albert Einstein, qu’il a élaborée entre 1907 et 1915. Source Wikipédia.
(2) : La fête, chronique du 20 décembre 2009, édition Le Pommier
(3) : Trop vite, pourquoi nous sommes prisonnier du court terme, Jean-Louis Servan-Schreiber, édition Albin Michel

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